Carine à Nantes : récit

C’était le 30 avril mais mieux vaut tard… etc et ce jour là qui, disons le, était maussade, voire pourri, Carine a réalisé son rêve, son exploit : un marathon. Récit et film

Carine à l’arrivée (cliquer sur la photo pour voir le film de sa course). Attention gros fichier !

« Si tu veux changer ta vie, cours un marathon » Emil
C’est ainsi que ce marathon du 30 avril 2017 à Nantes change la mienne
Merci à vous tous les Lents en particulier coach Alex et Marraine MMiche
C’est le premier, je veux finir, j’ai prévu autour de 4h15, je vais tout faire pour…beaucoup de « je » ?
La veille
Nous (Fabrice court le semi) allons chercher nos dossards à la Cité des congrès : peu de monde, belle ambiance sereine.
J’ai mon dossard en mains : je réalise…c’est comme si une enclume me tombait dans les bras !
J’en profite pour visualiser l’arrivée, conseil lu dans un bouquin de Paula je crois, qui dit qu’il faut s’imaginer franchir la ligne d’arrivée : c’est fait, en mode hyper virtuel !
Météo annoncée : pas très beau, plutôt genre tempête mais par intermittences, ceci dit, il parait que le plus redoutable sur un marathon c’est la chaleur.
Jour M
Pour rejoindre le départ il faut marcher 3km en guise d’échauffement, parfait sauf que nous (avec mes deux enfants à vélo) croisons le flot des semi-marathoniens juste partis: impossible de passer, 10 minutes à attendre et nous les croisons deux fois ! Mais belle coïncidence car je peux encourager ma moitié ! J’arrive à un quart d’heure du départ et essaie de rester concentrée, la casquette bien baissée et le coupe-vent par-dessus je mange quelques TUC avec une pensée pour le coach…peu à peu la tension redescend ; je visualise toute la préparation suivie…je suis prête.
C’est parti ! Quel bonheur de courir ensemble ; je pense à vous tous les Lents, ceux d’Erquy, Didier…quel bonheur : courir, c’est ce que nous faisons le mieux.
Dès les premiers kilomètres les gens sont là autour de nous pour nous encourager dans les rues de la ville, c’est très agréable mais un peu inquiétant : pourquoi nous souhaiter ainsi tant de courage alors que tout va bien… ?!
Oui tout va bien, mes pensées s’envolent, je sais que beaucoup de personnes sont avec moi, courent avec moi ! C’est merveilleux ; je croise régulièrement mes minots qui m’encouragent, je les attends, les guette même, dès qu’il y a un attroupement.
Il y a des groupes de musique très régulièrement, les gens se parlent spontanément…mais il faut que je reste concentrée et mon point d’ancrage c’est le temps.
J’ai prévu de boire très régulièrement : 4 gourdes autour de la taille pour les 4 quarts d’une heure ; en alternance, eau et iso, sur les conseils de David bien sûr ! et je mange aussi toutes les 30-40 minutes…ça en fait des calculs d’horaires et de durées. Ainsi je segmente ma course, j’ai en quelque sorte la main sur le temps qui s’écoule et cela m’occupe aussi l’esprit.
J’ai prévu de marcher pour manger –des pâtes de fruits- 1ère marche au jardin des plantes : magnifique ! De nombreux coureurs me dépassent mais je sais que bientôt ce sera l’inverse…effectivement c’est ce qui arrive au premier ravitaillement auquel je ne m’arrête pas. Je serai pratiquement autonome sur toute la course, buvant, mangeant et marchant selon mon timing.
Je surveille ma vitesse sur la montre : j’ai prévu 6 min au km de moyenne pauses comprises…
Km10
Premières douleurs aux ischio-jambiers…je les attendais, elles ne vont pas me quitter et même
s’amplifier d’autres tiraillements variés dans les jambes ; c’est alors que je commence à me servir
sérieusement et régulièrement du haut du corps.
Il est possible que je ne finisse pas, j’en ai la claire vision c’est pourquoi je prends la décision de laisser
faire, cela me rappelle les moments si particuliers de l’accouchement où l’on maîtrise si peu de choses,
où le défi est simplement de s’ajuster du mieux qu’on peut à ce qui advient (la métis grecque ?).
Le temps est compliqué ; il y a beaucoup de vent surtout pendant la traversée des ponts -8 passages au
total- nous nous regroupons spontanément à ces moments-là.
Km 15
Fabrice doit arriver, j’espère que ça va.
Mes pensées caracolent ; il y a deux ans et demi, ma fille qui me remet sur les routes…nous courons 5
minutes puis marchons et ça plusieurs fois, les premiers pas ; les premiers 10km en compétition il y a
deux ans ! Que de chemin parcouru…les courses avec Fabrice, l’entraînement au Club, la préparation des
dernières semaines : tout cela prend sens ; tout cela grâce à de belles personnes.
Km21
J’approche de la zone inconnue car je n’ai jamais couru au-delà de 25km ; je me joins à un groupe que je
ne quitterai plus, courant parfois devant ou juste derrière, en soutien mutuel.
Je croise Fabrice qui m’encourage, l’air jovial, heureux moment !
Km 25
Objectif : longer le Mur, le fameux et redouté ; je sais que si je l’affronte je ne pourrai vraiment pas finir.
Boire, manger, écouter le souffle : se recentrer sur l’essentiel. Plusieurs fois pendant quelques secondes,
la sensation de grande lassitude, je connais, ça annonce le malaise : je redouble de vigilance et mange,
boit, pense aussi à marcher -1 minute suffit-
Km 32
Reste 10 km : je connais bien cette distance et me sais capable de la faire, simplement il ne faut plus
cesser de courir !
Autour de moi des coureurs ont des crampes : cris, pauses, étirements et encouragements.
Une petite fille assise au milieu de la route sur un terre-plein, grand sourire, avec une pancarte : ALLEZ !
Je retrouve mon fils à vélo ; il ne me quittera plus.
Km 35
Un coureur allongé sur le côté, couverture de survie, bien entouré mais la course est terminée pour lui.
« Maman, pense à boire ! »
Une jeune femme, athlétique, accompagnée d’un proche, se trouve en difficulté et s’arrête finalement.
Un coureur s’arrête aussi pour vomir.
Je ne bois plus que de l’iso, la bouteille à la main toutes les 5 à 10 minutes et me concentre sur le souffle
car il a changé.
Mes jambes obéissent, mais à qui ?
Km 40
La pluie, en averses. Heureusement, j’ai gardé casquette et coupe-vent.
La grêle, en rafales ! « Allez Maman, c’est pas grave ! » réponse spontanée : « Non, c’est pas grave !! »
Les rues pavées ruissellent. J’ai les pieds trempés et c’est heureux ! Surtout, rester vigilante pour ne pas
glisser.
Une info circule autour de moi : « il reste 800 m ! »
Étrangement, je me redresse et accélère : d’où vient cette énergie ?
Je pense à vous tous.
Le sol change : caillebotis puis tapis rouge ! Je retire ma casquette pour passer l’arche. Tous ces
marathons courus depuis la nuit des temps…
Je ne suis pas sûre d’avoir franchi l’arrivée et continue un peu à courir au cas où…
Mais si !
Je retrouve mon fils derrière les barrières.
Une petite dame aux cheveux gris m’attend : « Faites-voir votre dossard » ??? Pourquoi vérifier ça
maintenant ? « Carine ! Félicitations Carine ! » et elle me passe la médaille de finisher en forme de
Petit Beurre !! Grands sourires partagés.
Je retrouve mes proches…
Intenses émotions.
Merci !
C.

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